Un jour il y a bien longtemps
J’ai prié le prince charmant
Et il a répondu à mon appel
M’a même conduit à la chapelle
Je le croyais souffrant, malade
Dormant le jour, vivant la nuit
Son teint pâle, ses yeux rougis
Enclenchèrent la dégringolade
Et finalement un de ces samedis
En plein milieu de la nuit
Je l’ai vu enfoncer ses dents
Et vider mon corps de son sang
Remplie de rage, j’évite les miroirs
Me sens plus morte que vivante
Ma vision est plus claire le soir
Je me nourris de peur et d’épouvante
J’accumule les victimes, moi y compris
Croyant ainsi me renforcir
J’ai jeté tous mes crucifix
Et j’adore les chauves-souris
J’ai mon cercueil, mon propre enfer
De l’euphorie au calvaire
Quelque part entre l’ombre et la lumière
Entre le réel et l’imaginaire
Ya trop longtemps que j’erre la nuit
Dans le cimetière de mon passé
Mon âme profanée
Cherche sa sérénité
C’est décidé, je retourne à la lumière
Je remets mes guenilles à la costumière
Je crache ma rage et ma rancœur
Et avec ce pieu je me crève le cœur
En réintégrant ma sépulture
Et en m’aspergeant d’eau bénite
Peut-être retrouverais-je mes limites
Et la femme au cœur pur
Quand hier n’est plus
Quand tu pleures tes ‘il aurait fallu’
Quand l’angoisse est ton seul contact avec demain
Maintenant est ton destin
Quand ta joie est un souvenir lointain
Quand tu n’as personne pour te prendre la main
Quand la musique ne te console plus
Maintenant est ton salut
Quand ton corps porte sa morosité
Quand ton âme traîne son obscurité
Quand t’es seul devant la parade
Maintenant est ta seule cascade
Quand les jours moroses n’ont plus de fin
Quand la nuit arrive enfin
Quand ton enfant intérieur se plaint
Maintenant prends en soin
Quand ton lit est trop grand
Quand l’espace de ton cœur est restreint
Quand l’illusion de la solitude t’atteint
Maintenant se joint à demain
Quand ta vie secrète n’arrive plus à combler
Les carences de ton lot journalier
Quand tu ne sais plus à quel Saint te vouer
Maintenant et en toi est la seule vérité
C’est dans son linceul que je suis née
C’est dans son cercueil que tu m’as bercée
Mon âme connaissait la vôtre depuis longtemps
Mon ange savait que c’était le bon moment
T’as tenté de te consoler avec mon corps de bébé
J’ai bien compris que tes caresses ne m’appartenaient pas
Comment aurais-tu pu oublier, ton frère suicidé?
Comment pouvais- tu m’aimer, après qu’il t’ait quitté?
Naïve je cherchais l’amour et je trouvais le deuil
Blessée, je criais l’absence et je récoltais l’orgueil
En manque de lui et vide de toi-même
C’était la douche froide et à l’année le carême
Dans ton feu éteint et ton âme amère
Tu portais allégeance à ton frère
Née trop petite, l’hôpital m’a gardée
Pendant que tu enfouissais ta peine d’endeuillée
À la maison tu m’as emprisonnée
De peur que comme ton frère, je décide de te quitter
La mort transparaissait dans tous tes gestes
J’ai trouvé cette énergie trop difficile à côtoyer
Dans un élan de protection j’ai pris sur mon dos ta détresse
Pour te rendre la liberté et t’alléger
Je comprends que cette peine t’appartient
Je te la rends en espérant que mon sacrifice n’a pas été vain
Je veux que tu sache que je respecte toute ta douleur
Et je comprends que c’était trop gros pour ton cœur
Aujourd’hui je te rends la peine de ton frère
Aujourd’hui je te rends ton pouvoir
Aujourd’hui j’accepte que tu sacrifies cette vie ci
Parce que tu porte allégeance à ton frère
Je t’offre ma reconnaissance
En acceptant la vie que tu m’as prêtée
Malgré toute ta souffrance
J’accueille ta générosité
Et je te rends ton serment d’allégeance à ton frère adoré
Un certain soir
M’y attendant le moins
Entre le scotch et le vin
T’as accepté de jouer
Sans connaître le script
Le rôle principal
De mon conte de fée
Dans mon paradis
Le prince était charmant
Les cœurs étaient unis
Les corps étaient aimants
L’histoire était sans fin
Et cousue de fil blanc
Mon rêve était mirage
Malgré sa majesté
Tu donnais l’élixir
Je jouissais de plaisir
Ces instants survoltés
Tu les savais volés
Du haut de ton ciel dis-moi
Que c’était important
Que même cousue en blanc
Tu espérais vraiment
Que l’impossible
Finirait autrement
Mon paradis transformé
En un champ de bataille
Mon cœur rempli d’entailles
Mon royaume déchu
Je me voyais fichue
Et j’ai capitulé
Sauvant les apparences
T’as fait croire l’accident
Masquant habilement
Toute ta désespérance
Le rêve était mirage
La route marécage
Du haut de ton ciel dis-moi
Que c’était important
Que même cousue en blanc
Tu espérais vraiment
Que l’impossible
Finirait autrement
Du haut de ton ciel sans moi
J’aimerais t’entendre crier
Juste pour une dernière fois
Que la route était la voie
Et qu’il était important
Notre rêve cousu en blanc
Ce soir j'ai peur de mourir
Mourir sans avoir pu donner
Tout cet amour que j'ai conservé
Mourir sans avoir eu le temps de vivre
Mes yeux n'ont pas vu
Le centième de ce qu'ils auraient dû
Mon coeur n'a pas su
Prendre les sentiments qui lui étaient dûs
Petit ange rassure-moi
Je t'en supplie, fait-le pour moi!
Tu ne mourras pas
Tu étais déjà morte
Tout ce temps, tu mourais ta vie
Tu vivais ta mort
Il est temps de ressusciter
Tu as raison, tu l'as bien mérité
N'ai pas peur, je vais t'accompagner
Continue à raconter
Ca aidera à te pardonner
Mes pieds n'ont pas parcouru
le Millage qui leurs était destiné
Car je les ai arrêtés
Et la route, je l'ai perdue de vue
Ma sensibilité je l'ai gaspillé
En étouffant mes sentiments
Ma plume n'a pas assez coulé
J'ai tellement peur de me faire rejeter
J'ai bien aidé et fait plaisir
Trop travaillé, peu de loisir
Peu reçu, peu récolté
Est-ce que je peux ensevelir mon passé?
Qui sait combien de temps il me reste?
Peut-être qu'en accueillant ma tristesse
Et en admettant mes maladresses
Je retrouverai ma tendresse
Alors que je me croyais morte
Poignardé par la vie, poignardé par l’amour
Sur mon lit, à cœur ouvert
L’ange a arrêté l’hémorragie
Avec ces deux mots ‘C’est Temporaire’
À l’instant tragique où je visais la mort
Le temps s’est arrêté
La vie m’a soufflé le mot :‘Tantôt’
Je n’ai pas tout de suite compris
Que mon cœur s’offrait de nouveau à la vie
Pendant que la vie faisait attendre la mort
Ne comprenant pas pourquoi c’était si compliqué
La lune s’accrochait aux étoiles
Et dans une lueur d’espoir
Elle a crié : ‘Attends’
Visant toujours le passage vers la mort
Un passage que mon corps connaît bien
Je me suis engagé pour signer ce document inaltérable
Qui boucle la boucle de la vie
Pour un instant j’ai hésité… il n’en fallait pas plus
Sur la route vers la mort
Le chemin était silencieux et tranquille
Ce qui m’a frappé c’est que la voie était libre
Pourtant provenant de nulle part, à la dernière minute
Est apparu un embranchement vers la vie
Initié de la vie, initié de la mort
L’âme continu de m’offrir son libre choix
Dans un amour infini, elle tend ses bras remplis d’espoir
Elle choisi d’aimer encore et encore
Elle choisi d’essayer
Pendant toute la nuit, mon âme m’a tendu sa clé universelle
Je restais là, sans rien dire, sans rien faire
Ne voyant rien d’autre que la vie au bout de cette spirale de la mort
J’ai hurlé à la vie de ne pas me choisir
Elle m’a écoutée
Dans un élan de générosité, elle m’a tendu les bras
Elle m’a offert son cœur pour le meilleur et pour le pire
J’ai avancé vers elle cérémonieusement
Je l’ai pris dans mes bras et lui ai demandé de m’expliquer
Elle m’a soufflé ‘Aime’
La vie ne sait qu’aimer
Même en route vers la mort, elle aime encore
La vie ne meurt jamais
Elle est éternelle
Ce n’est qu’au petit matin que j’ai compris
Qu’elle venait de dénouer une boucle sans fin
Le chemin était et est toujours le but
Tant de gens ont pris plus de place en moi
Que le poids de ma propre vie
Que cette peur de ne plus m’appartenir
En étant vide de moi et pleine d’eux
Me hante encore aujourd’hui
Devenu mur de pierre aux confidences d’autrui
J’aimerais courir au loin
Où personne ne sait, où moi-même j’oublierai
Volontairement insensible à la tendresse
Momentanément, j’ouvre ma porte
Mais voilà, la mort me guette
Ou plutôt l’envahissement de mes terres
Que je ne sais plus protéger ni partager
Rebâtissant jour après jour un climat d’incertitude
Pour avoir plus de chance de courir au loin
Où personne ne sait, où moi-même j’oublierai
Pouvoir me sauver
Sans laisser aucune trace
Le jour où je récolterai les fruits de ton jardin
Et que tu m’accuseras d’avoir voulu semer
Sur tes terres sans te l’avoir demandé
Garder mes forces pour le jour
Où je voudrai courir au loin
Où personne ne sait, où moi-même j’oublierai
CE SOIR
Ce soir tes cris et tes silences
Rejoignent mes peurs, mes impatiences
La mère en moi est terrifiée
Se sent tellement désemparée
Ce soir je devine ta souffrance
Ta peur d’animal angoissé
Ton corps hurle la délivrance
J’sens bien qu’ta vie est menacée
Mon ange,
est là couchée dans son lit blanc
son père le visage ruisselant
remercie Dieu de sa présence
demande pardon pour ses offenses
Et moi,
mes larmes goûtent le venin
de ce supplice qui me revient
la rage et l’effroi se sont joints
je veux crier mais j’me retiens
Ce soir j’voulais te protéger
Porter ta croix, te soulager
De ta peine, de ta misère
Reprendre ta douleur dans ma chair
Ce soir je touche toute cette détresse
Cet héritage que je t’ai laissé
Pourras-tu un jour m’pardonner
De t’avoir beaucoup trop aimé
Ce soir complètement rebelle
Tu m’en veux de t’avoir sauvé
De l’autre monde parallèle
Ou il voulait te rencontrer
Ce soir selon mon humble avis
Ce qui nous unis à la vie
C’est cette douleur viscérale
C’est cette impuissance intégrale
Mon ange,
je te donnerais mon âme
pour que soit ravivée ta flamme
pour faire fondre tout ce chagrin
pour qu’enfin tu crois à demain